Arabie Saoudite : derrière les influenceurs, le royaume de la peur | Sources | ART
Frenchto
Arabie Saoudite, entre paillettes et censure : la face cachée du royaume de l’influence.
Sur les réseaux sociaux, le royaume du désert se réinvente. Les images affluent, portées par des influenceurs séduits par un voyage de rêve, des paysages somptueux, des expériences luxueuses et la promesse d’un pays en pleine transformation culturelle. Les posts, soigneusement validés et rémunérés, martèlent le message officiel : ici, la modernité avance, les femmes conduisent, la jeunesse s’épanouit, la société s’ouvre.
Mais derrière cette vitrine léchée, l’ombre s’étend. Car la liberté d’expression, elle, demeure sous haute surveillance. Les lois, floues et sévères, transforment une simple critique ou un tweet en acte terroriste. Les sanctions tombent comme des couperets : 11 ans de prison pour une coach sportive qui ose demander la fin de la tutelle masculine, 32 ans pour un internaute qui alimente des pages sur les droits humains, 27 ans pour des messages de soutien aux femmes. Les réseaux, si prisés pour promouvoir le pays, deviennent des pièges pour ceux qui espèrent y défendre une parole libre.
La répression ne s’arrête pas à la sortie de prison. Les anciens détenus voient leur liberté de mouvement confisquée, assignés à résidence de facto, parfois surveillés électroniquement, interdits de quitter le territoire pendant des années, voire à vie. La peur d’une nouvelle arrestation, la menace permanente d’une sanction, imposent un silence pesant. Les familles se retrouvent éclatées, les voix dissidentes muselées.
L’ironie atteint son comble lorsqu’un sommet mondial sur la gouvernance d’internet se tient à quelques kilomètres des prisons où croupissent ces internautes. Les ONG tentent d’alerter, mais sont censurées, leurs interventions coupées, leurs tracts confisqués. Même lorsqu’une libération intervient, elle ne signifie ni justice, ni liberté retrouvée. L’omniprésence du contrôle, la violence symbolique et réelle du pouvoir, rappellent à tous que la modernité vantée n’est qu’un vernis.
Si le royaume cherche à séduire le monde, il enferme encore ses propres citoyens dans la peur, la surveillance et le silence, bien loin de l’image radieuse projetée sur les écrans du monde entier.
0shared

Arabie Saoudite : derrière les influenceurs, le royaume de la peur | Sources | ART