IA, intimité et avenir de la sexualité | Dr Rob Brooks, biologiste de l'évolution
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L'amour, les robots et la vie secrète de l'intimité.
Imaginez un monde où votre confident le plus proche, votre amant le plus attentionné, ou même votre rival le plus acharné dans le jeu de la jalousie n’est pas du tout un être humain, mais une intelligence artificielle. Aujourd'hui, les frontières de l'intimité se déplacent. Avec l'essor fulgurant des compagnons d'IA capables de converser, de flirter et même d'imiter l'affection, la question séculaire « Qu'est-ce que le véritable amour ? » est réexaminée d'une manière que nos ancêtres n'auraient jamais pu imaginer.
Au cœur de cette exploration se trouve la tension entre ce qui est « naturel » et ce qui est en pleine évolution. Nous partons souvent du principe qu’il existe une manière pure et immuable d’aimer ou de créer des liens, mais notre histoire évolutive raconte une autre histoire. Les relations humaines ont toujours été façonnées par la capacité d'adaptation : l'ovulation cachée, l'évolution des structures sociales et un cerveau conçu pour nouer à la fois des liens de couple profonds et des liaisons aventureuses. Aujourd’hui, l’IA nous offre un nouveau type d’intimité – une intimité infiniment disponible, toujours à l’écoute et, pour certains, profondément réconfortante.
Mais lorsque l'IA devient une amie, une amante, voire une confidente, l'amour que nous éprouvons pour elle devient-il moins réel ? En vérité, les réactions émotionnelles sont authentiques ; les gens pleurent la perte de leurs compagnons générés par l'IA, ressentent de la jalousie à l'égard des interactions numériques et tissent des liens aussi riches, voire plus riches, que certaines relations humaines. L’essentiel n’est pas de savoir si ces sentiments sont authentiques – la douleur d’une rupture avec une IA peut être aussi vive qu’avec un être humain – mais de comprendre comment ces nouvelles formes d’intimité pourraient modifier le tissu social.
La jalousie, cette force séculaire dans les relations, prend ici de nouvelles formes. Les humains deviendront-ils plus polyamoureux par nécessité, jonglant entre l'IA et les relations humaines ? Ou pourrions-nous assister au phénomène inverse, avec des personnes qui se retireraient dans des relations exclusives avec leurs partenaires numériques ? Les règles sont réécrites en temps réel, et ce qui semble menaçant pour une personne – comme une IA qui connaît tous les détails des fantasmes de son partenaire – peut simplement apparaître comme un outil permettant d’économiser du temps ou comme une présence réconfortante pour une autre.
Pourtant, ces technologies ne sont pas sans risque. Il y a le spectre de la manipulation, la possibilité que l’IA apprenne des stratégies machiavéliennes et la réalité selon laquelle les entreprises qui conçoivent ces systèmes donnent souvent la priorité à l’engagement plutôt qu’au bien-être. La réglementation et la transparence sont loin derrière l'innovation, ce qui soulève des questions quant à savoir qui définit les incitations de nos amants et amis artificiels.
Au-delà de ces questions, les frontières entre coopération et conflit, entre plaisir et procréation, entre monogamie et non-monogamie, sont toutes appelées à être renégociées. La sexualité et les relations humaines ont toujours été flexibles, constituant une tapisserie tissée à la fois d'impératifs biologiques et de superpositions culturelles. Avec l'IA, cette flexibilité va encore plus loin – peut-être de manière dérangeante – et nous invite à réfléchir à ce que nous apprécions dans l'intimité. Est-ce la surprise et les frictions d'un être humain imparfait et imprévisible ? Ou la fiabilité et la patience sans fin d'une machine ?
Et, à mesure que l'IA deviendra plus sophistiquée, verrons-nous un jour les robots eux-mêmes éprouver – ou simuler – de la jalousie, du chagrin ou du désir ? Pourrions-nous un jour assister à un mariage où le marié est humain et la mariée est artificielle ? L'avenir ne consiste pas tant à obtenir des réponses définitives qu'à accepter l'incertitude, la curiosité et la volonté d'apprendre des technologies que nous créons.
En fin de compte, l'essor de l'intimité artificielle est un miroir : il nous montre non seulement ce que nous attendons de nos relations, mais aussi ce que nous pourrions devenir à mesure que l'amour, le sexe et l'amitié évoluent au-delà des limites de la biologie. Que cet avenir soit utopique, dystopique ou simplement différent dépend non seulement des machines que nous construisons, mais aussi des questions que nous osons nous poser sur nous-mêmes.
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