Le christianisme a longtemps vénéré les saints « transgenres »
Frenchto
Quand la sainteté transcendait les genres dans l’Europe médiévale.
À l’heure où la question des droits des personnes transgenres divise et agite les débats contemporains, il est fascinant de découvrir que le christianisme médiéval a non seulement connu, mais aussi honoré, des figures que l’on qualifierait aujourd’hui de « transgenres ». En effet, pas moins de 34 récits de saints et saintes ayant vécu sous une identité de genre différente de leur naissance ont traversé les siècles, trois d’entre eux ayant atteint une popularité remarquable au Moyen Âge.
Imaginez les histoires de sainte Eugénie, sainte Euphrosyne et saint Marinos. Toutes trois, nées femmes, ont choisi de se couper les cheveux, d’endosser des vêtements masculins et de pénétrer dans des monastères où elles ont vécu comme des hommes. Ce choix n’était pas seulement un subterfuge pour échapper aux contraintes sociales ou religieuses, mais une manière profonde de s’engager dans une quête spirituelle, d’abandonner leur vie antérieure et de se rapprocher de Dieu. Ces récits, largement diffusés et lus à voix haute dans les églises, étaient autant de modèles d’une sainteté qui dépassait les simples frontières du genre.
L’Europe médiévale, contrairement à ce que l’on pourrait croire, laissait place à une certaine fluidité des identités dans la sphère religieuse. La transition de genre dans ces récits devenait une métaphore puissante : abandonner le passé, renoncer à la richesse, à la violence ou à la sexualité, pour embrasser la pauvreté, la chasteté et la spiritualité. Le fait de vivre sous une autre identité était même considéré, à certains égards, comme une forme de sacré. Certains chercheurs vont jusqu’à affirmer que la transidentité n’était pas seulement tolérée, mais valorisée, car elle symbolisait une rupture volontaire avec les conventions du monde pour suivre un idéal chrétien.
Bien sûr, l’Église posait des limites claires au travestissement dans ses lois et rites, mais elle honorait, paradoxalement, ces saints et saintes qui avaient transcendé leur genre. Les valeurs chrétiennes, telles que l’humilité, le rejet de la richesse ou le pacifisme, permettaient à chacun, homme ou femme, de se définir avant tout par son engagement spirituel plutôt que par son sexe.
Au-delà de ces exemples célèbres, l’histoire de Joseph de Schönau illustre à quel point la frontière entre le genre et la sainteté pouvait être poreuse. Né femme, Joseph choisit la vie monastique sous une identité masculine, avec le soutien d’un récit présenté comme exemplaire et digne d’être imité. Les auteurs de ces histoires eux-mêmes hésitaient parfois sur les pronoms à employer, oscillant entre masculin et féminin selon les versions, signe que cette question du genre était déjà complexe et sujette à interprétations.
Loin d’être anecdotiques, ces récits témoignent d’une richesse insoupçonnée dans l’histoire chrétienne, où la quête de Dieu pouvait mener à dépasser les normes du genre. Ils rappellent que les questions d’identité et de spiritualité étaient, et sont peut-être encore, bien plus imbriquées qu’on ne l’imagine souvent.
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Le christianisme a longtemps vénéré les saints « transgenres »