Pourquoi l’Afghanistan et le Pakistan sont-ils en guerre ?
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Frontières imaginaires et batailles réelles : les tensions qui divisent l’Afghanistan et le Pakistan.
La frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan est bien plus qu’une simple ligne sur une carte : c’est une source de conflits profonds et dangereux. Les talibans au pouvoir en Afghanistan refusent de reconnaître la frontière actuelle, la qualifiant d'artefact colonial de l'Empire britannique, imposé sans tenir compte des communautés ethniques qu'il divise. Cette ligne dite Durand, tracée en 1893, a coupé les populations pachtounes et a traversé des villes et des familles, laissant une blessure qui suppure encore plus d’un siècle plus tard.
Aujourd’hui, ce vieux grief s’est transformé en conflit ouvert. Ces derniers mois ont vu une augmentation spectaculaire de la violence le long de la frontière, avec des échanges d’artillerie, des frappes aériennes et des embuscades mortelles. Les deux parties s’accusent mutuellement d’être à l’origine des flambées de violence, mais les racines de l’hostilité sont plus profondes que ces affrontements immédiats. Au cœur du conflit se trouve le soutien des talibans aux militants anti-pakistanais, en particulier le TTP, un groupe qui revendique de vastes étendues de territoire pakistanais comme étant légitimement afghanes. Le TTP opère librement dans les provinces frontalières afghanes, enhardi par la protection des talibans. Le Pakistan, de plus en plus frustré, a lancé des frappes aériennes transfrontalières pour cibler ces militants, déclenchant de féroces représailles.
Mais le problème ne se limite pas à la sécurité. Le différend frontalier est lié à des questions d’identité nationale et d’injustice historique. Pour beaucoup à Kaboul, l’idée d’un « Grand Afghanistan » – un État réunissant tous les Pachtounes et garantissant l’accès à la mer – est un rêve puissant, bien qu’irréalisable. Pourtant, la réalité est plus compliquée. La plupart des Pachtounes vivent au Pakistan, et il y a peu de preuves qu’ils veulent réellement partir pour l’Afghanistan, un pays en proie à l’effondrement économique, aux pénuries alimentaires et à l’instabilité chronique.
La situation est encore enflammée par le retour massif de réfugiés afghans des pays voisins, ajoutant une pression sociale à une société déjà au bord du gouffre. Dans ce contexte, le refus des talibans de discipliner des groupes militants comme le TTP n’est pas seulement un calcul politique : il s’agit d’un exercice d’équilibre visant à maintenir l’unité interne au sein de leurs propres rangs.
Toute escalade risque d’attirer des voisins puissants. Les efforts de médiation déployés par les puissances régionales et les acteurs extérieurs, du Qatar à la Chine, en passant par l’Arabie saoudite et même les États-Unis et l’Inde, montrent à quel point un conflit local peut rapidement dégénérer en crise internationale. L’Inde, par exemple, voit une opportunité dans l’instabilité de l’Afghanistan, d’autant plus qu’elle cherche à accéder à des minéraux de terres rares. Des rumeurs circulent sur la formation de nouvelles alliances, les dirigeants afghans faisant des ouvertures à l’Inde à un moment où le conflit avec le Pakistan s’intensifie.
Tous ces enchevêtrements créent un mélange explosif. Les cessez-le-feu négociés par des médiateurs extérieurs sont fragiles et des escarmouches sporadiques se poursuivent. La géographie et le paysage ethnopolitique font que toute paix sera durement gagnée et, au mieux, temporaire. Le spectre d'une guerre régionale plus vaste se profile, alors que l'Afghanistan, en quête de vieux rêves et de frontières imaginaires, risque de se plonger, ainsi que ses voisins, dans un nouveau cycle de violence. La frontière entre le pouvoir et la ruine n’a jamais été aussi mince.
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